Il y a des rencontres qui traversent les décennies. J’ai connu Joe Harika alors qu’il avait à peine dix ans et que son père, Elie, tenait déjà La Châtelaine du Liban. À l’époque, j’organisais, en tandem avec Bruno Bayet, la Fiesta Latina, qu’il avait initiée sur la place du Châtelain. Autant dire que le quartier et ses restaurateurs me sont familiers. Quel plaisir, toutes ces années plus tard, de retrouver Joe à la tête de ses propres projets, tout en poursuivant l’aventure familiale !
Pour Les Branchés de la capitale, direction Ralph, l’une de ces nouvelles adresses bruxelloises où décrocher une table devient un véritable défi tant le succès est au rendez-vous. Le beautiful people de la capitale semble s’y être donné rendez-vous : personnalités connues et reconnues, influenceuses, instagrameuses, entrepreneurs et habitués des endroits à la mode. Tout ce petit monde s’y retrouve autour d’une belle bouteille, dans une ambiance où l’on vient autant pour voir que pour être vu.

Avec sa cuisine ouverte au feu de bois, son grill au milieu de la salle, sa remarquable sélection de vins et son atmosphère conviviale, Ralph a rapidement trouvé sa place parmi les adresses en vogue de la capitale. Rencontre avec un restaurateur qui a manifestement hérité de la fibre entrepreneuriale de son père.
Une affaire de famille
Carl De Moncharline : Joe, je t’ai connu tout gamin, lorsque ton père tenait déjà La Châtelaine du Liban. Pour commencer, rappelle-moi un peu tes origines et ton parcours.
Joe Harika : Nous sommes libanais à 100 % ! Mon père, Elie, est arrivé en Belgique en 1976. Je travaille toujours dans les affaires familiales, notamment à La Châtelaine du Liban, tout en développant d’autres établissements.
Tu retournes régulièrement au Liban ?
Assez rarement, malheureusement. Ce n’est pas toujours le bon moment pour y aller.
Parlons de Ralph. Qu’est-ce qui t’a pris d’ouvrir un nouveau restaurant dans un contexte où l’Horeca bruxellois traverse une période particulièrement difficile ?
Au départ, nous voulions simplement prendre un petit local pour faire de la vente à emporter. Nous avions trouvé un endroit et commencé les travaux. Puis, en plein milieu du chantier, nous nous sommes dit : non, finalement, on veut faire un vrai restaurant ! Nous avons donc tout changé, tout recommencé et décidé de créer un endroit qui rassemble simplement toutes les choses que nous aimons. Sans trop réfléchir aux coûts, au chiffre d’affaires ou au nombre de personnes qu’il faudrait engager. Nous n’avons pratiquement pas regardé les chiffres !
C’est peut-être plus facile quand on a grandi dans la restauration et qu’on bénéficie déjà de l’expérience d’une maison familiale bien établie ?
Nous avons surtout voulu faire les choses comme nous les aimons, les faire bien et proposer quelque chose qui plaise aux gens. Nous nous sommes d’abord concentrés sur le restaurant que nous voulions créer, avant de nous préoccuper des chiffres.
Ralph, un restaurant libanais ? Pas du tout !
Justement, quelle est la touche libanaise de Ralph ?
Il n’y en a absolument aucune, à part nous ! Nous voulions proposer de bons plats, des assiettes à partager, des portions généreuses, du bon vin et une équipe sympathique. Tout simplement les choses que nous aimons retrouver nous-mêmes lorsque nous allons au restaurant.
Et pourquoi avoir choisi le nom Ralph ?
C’est le prénom de mon frère.
Il travaille avec toi ?
Pas encore ! Mais nous espérons qu’il nous rejoindra un jour. La famille, c’est important pour nous, et ce serait un vrai plaisir de poursuivre cette aventure ensemble.

Le vin, une véritable passion
Parlons du vin, parce que tu as un excellent sommelier. J’avais déjà croisé Arnaud chez Miss Rose à l’époque. Quel est son parcours ?
Arnaud a étudié la sommellerie à Beaune, en France. Il est arrivé en Belgique il y a quelques années et a notamment travaillé chez Amen avant de nous rejoindre. C’est lui qui a élaboré toute notre carte des vins.
J’ai remarqué une belle sélection, notamment en biodynamie, avec un équilibre entre de grandes maisons et des découvertes plus confidentielles.
Nous travaillons beaucoup avec des vins issus de la biodynamie, mais nous ne proposons pas de vins nature. Nous privilégions des vins assez traditionnels, élaborés avec beaucoup de soin. Aujourd’hui, nous avons environ 80 références, mais notre objectif est d’atteindre 200 à 220 références dans les deux ou trois prochains mois. Dès que nous découvrirons de nouveaux fournisseurs ou de nouvelles cuvées intéressantes, nous enrichissons notre cave. Nous avons d’ailleurs une clientèle qui apprécie particulièrement le vin. Certains viennent spécifiquement pour cela.
Ce que j’ai apprécié chez Arnaud, c’est aussi sa manière de conseiller. Il connaît ses vins, sait les expliquer, mais ne cherche jamais à forcer la vente.
C’est exactement ce que nous recherchons. Il y a beaucoup de sommeliers qui essaient de pousser les clients vers certaines bouteilles. Personnellement, je n’aime pas ça. Le rôle d’un bon sommelier, c’est de partager ses connaissances, de conseiller et de donner envie de découvrir.
Le feu de bois au cœur du restaurant
Venons-en à la cuisine. La viande est particulièrement remarquable chez toi. Quel est ton secret ?
D’abord, nous achetons toutes nos viandes directement en France, à Rungis. Nous nous faisons livrer une fois par semaine et nous recherchons avant tout une qualité constante. Je trouve que certains fournisseurs belges ne proposent pas toujours la qualité attendue par rapport aux prix pratiqués. Nous avons donc préféré aller chercher nos produits directement en France.
Cela te permet également de pratiquer de meilleurs prix ?
Pas nécessairement. Nous achetons, par exemple, certaines entrecôtes à 58 euros le kilo. Nous ne réalisons pas des marges énormes sur la viande, mais nous tenons à proposer un produit irréprochable. Ensuite, tout est dans la maîtrise de la cuisson. Une bonne viande, parfaitement grillée au feu de bois et surtout laissée au repos suffisamment longtemps avant d’être servie. C’est là que réside tout le secret.
La grande particularité de Ralph, c’est cette cuisine ouverte et ce grill installé au beau milieu de la salle.
Exactement. Nous cuisinons au feu de bois, avec un grill qui occupe une place centrale dans le restaurant. Au départ, nous ne voulions pas spécialement ouvrir un restaurant de viande. Mais les choses se sont faites naturellement. Les clients ont commencé à venir, puis à revenir pour nos viandes grillées. Nous proposons également du poisson et nous aimerions développer davantage cette partie de notre carte. Le poisson grillé au feu de bois, c’est quelque chose que nous adorons.
Mais à Bruxelles, la viande semble avoir davantage de succès ?
C’est vrai. Nous ne sommes pas au bord de la mer et les gens viennent plus spontanément chez nous pour manger de la viande. Mais nous travaillons beaucoup pour faire découvrir nos poissons.

Le samedi midi, une autre façon de déjeuner
Cela fait déjà huit mois que Ralph a ouvert ses portes. Et visiblement, la clientèle est au rendez-vous !
Oui, cela se passe plutôt bien. Nous sommes ouverts le soir, du mardi au samedi, ainsi que le samedi midi, où nous proposons une formule un peu particulière. Nous l’appelons le Saturday Lunch. Chaque semaine, nous mettons à l’honneur un produit spécifique : un turbot entier, du poulet, du cochon… L’idée est de proposer de belles pièces, généreuses, à partager.
Avec un prix fixe ?
Non, le prix dépend du produit. Évidemment, un turbot entier ne coûte pas la même chose qu’un poulet ! Nous annonçons le menu sur nos réseaux sociaux et nous en parlons également aux clients qui viennent dîner pendant la semaine. Certains réservent déjà leur table en fonction de ce que nous allons proposer le samedi suivant.
Une équipe qui fait toute la différence
Depuis le début de notre conversation, tu employes constamment le mot « nous ». Qui se cache derrière ce nous ?
Toute l’équipe du restaurant ! C’est d’ailleurs la même depuis notre ouverture. Il y a Arnaud, qui s’occupe des vins, notre équipe en cuisine et notamment Eli, notre grillardin, qui est responsable des viandes et de leur sélection. Il connaît déjà une grande partie de notre clientèle. C’est important pour nous de travailler avec une équipe stable, où chacun connaît son métier et entretient une vraie relation avec les clients.
Finalement, si tu devais me donner trois bonnes raisons de venir chez Ralph, quelles seraient-elles ?
L’équipe, le vin et la viande !
Et le poisson du samedi, tout de même !
Évidemment ! Nous comptons bien le développer davantage.

Une histoire de famille qui continue de s’écrire
En quittant Joe, je repense au gamin que j’ai connu il y a plusieurs décennies, dans le quartier du Châtelain. Aujourd’hui, le voilà aux commandes d’une adresse qui attire le Tout-Bruxelles, avec son grill au feu de bois, sa cave qui ne cesse de s’enrichir, son équipe fidèle et ses assiettes généreuses.
Ralph, c’est aussi une belle illustration de cette nouvelle génération de restaurateurs qui, sans renier leurs racines, inventent leur propre univers. Ici, pas de cuisine libanaise, mais une autre manière de recevoir, avec cette générosité qui semble décidément être une affaire de famille.
Et je ne peux m’empêcher d’avoir une petite pensée pour son père, Elie, que je connais depuis tant d’années. Quel plaisir de voir à quel point ses enfants se sont épanouis dans le métier auquel il a consacré une grande partie de sa vie. C’est aussi cela, la réussite d’une belle maison : transmettre une passion et voir la génération suivante lui donner un nouvel élan.
Quant à Ralph, le frère de Joe, on espère bien qu’il finira par rejoindre l’aventure. Après tout, un restaurant qui porte votre prénom, c’est déjà une sacrée invitation !
À propos de cette interview
Entretien réalisé par Carl De Moncharline, le 29 septembre 2026 à Bruxelles, avec l’aide de Plaud pour l’enregistrement et la transcription, puis d’outils d’intelligence artificielle pour la mise en forme rédactionnelle. Notre rédaction assume pleinement l’utilisation de ces technologies : elles permettent de gagner du temps et de restituer les échanges avec davantage de fidélité. Les propos ont été réorganisés et légèrement reformulés pour faciliter la lecture, sans volonté d’en modifier le sens. L’intelligence artificielle reste un outil au service du journaliste, et non un substitut à la rencontre humaine.
Ralph Brussels — Informations pratiques
Rue du Châtelain 10, 1050 Ixelles — Mediterranean cooking over fire. Dîner du mardi au samedi ; également ouvert le samedi midi. Réservations : www.ralphbrussels.com



