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Les Branchés de la capitale👤 Portraits Bruxellois

LES BRANCHÉS DE LA CAPITALE : Sébastien Boussois, le nouveau rédacteur en chef de Pan.

Il veut réveiller l’emblématique titre satirique créé en 1945 et l’ouvrir à la France

Correction éditoriale du — Mise en page : nouvelle photo en pied de Carl De Moncharline et Sébastien Boussois, photos placées à côté du texte (6 octobre 2026).

Bruxelles-Ville
62/100 positif
Sébastien Boussois et Carl De Moncharline, bras croisés, dans une cour pavée ensoleillée de Bruxelles
Carl De Moncharline (à gauche) et Sébastien Boussois📷 Photographie © Photo transmise à la rédaction par Bernard Frisque · BXLpositive
Photo en pied : Carl De Moncharline et Sébastien Boussois devant une façade claire, bras croisés
Carl De Moncharline (à gauche) et Sébastien Boussois — © Photo transmise à la rédaction par Bernard Frisque · BXLpositive

Il y a quelque chose d’assez paradoxal dans le parcours de Sébastien Boussois. Docteur en sciences politiques, spécialiste du Moyen-Orient et longtemps identifié à la gauche, le voilà aujourd’hui à la tête de Pan, titre historique de la presse satirique belge plutôt réputé pour ne pas pencher de ce côté-là. Recruté par le bouillonnant John-Alexander Bogaerts, propriétaire du journal, il assume ce grand écart qui, manifestement, ne l’effraie pas.

Nouveau rédacteur en chef depuis quelques mois à peine, il entend réveiller le journal, lui donner une nouvelle impulsion et surtout élargir son terrain de jeu jusqu’à la France. Rencontre avec un homme qui, depuis son arrivée à Bruxelles en 2007, n’a cessé de circuler entre politique, médias et culture.

Portrait en pied d’un homme en veste bleue, assis sur une table dans un bureau lumineux
Portrait transmis à la rédaction · © Bernard Frisque

« Trop conservateur. Et pas forcément très bien conservé. »

Quand je lui parle de Pan, je lui parle d’abord de cette impression d’un journal qui aurait fini par s’installer dans ses habitudes. Sa réponse fuse : « Trop conservateur. Et pas forcément très bien conservé. »

Le constat peut sembler sévère, mais son arrivée à la rédaction relève plutôt du pari. Dans un contexte où la presse écrite cherche de nouveaux modèles, Boussois veut redonner du mouvement à un titre créé en 1945.

Son ambition éditoriale est claire : « On veut faire le franc-tireur de droite. » Une ligne assumée, critique du progressisme et du wokisme, mais qui ne se résume pas, selon lui, à s’opposer aux médias dominants. Il veut surtout proposer une autre lecture de l’actualité.

« L’objectivité du journalisme, pour moi, c’est totalement bidon »

Sébastien Boussois ne croit guère à l’idée d’un journalisme totalement neutre.

« L’objectivité du journalisme, pour moi, c’est totalement bidon. Ça n’a aucun sens. »

Pour lui, les grands titres de presse ont toujours été traversés par des sensibilités et des lignes éditoriales. Ce qui a changé, c’est la fragmentation du paysage médiatique et l’apparition d’une multitude de nouvelles voix.

Il porte d’ailleurs un regard nuancé sur les médias traditionnels. Leur perte de crédibilité ne serait pas uniquement liée à leurs choix éditoriaux, mais aussi à la diminution de leurs moyens et de leur capacité à aller enquêter sur le terrain.

Pan entend occuper cet espace avec une voix différente, sans pour autant prétendre se substituer à la justice. Pour Boussois, l’enquête journalistique est indispensable, mais elle ne doit pas devenir une « justice médiatique ».

Le papier, mais à l’heure des réseaux

Le paradoxe est évident : prendre les commandes d’un journal papier au moment où l’information circule à la vitesse des réseaux sociaux.

Et pourtant, Boussois défend le papier. « Un journal papier, il a le mérite d’être physiquement là, dans les archives et dans la mémoire. »

Mais il sait aussi que l’avenir passe par le numérique. Pan dispose déjà d’une communauté significative sur Facebook et certains sujets rencontrent un véritable écho. L’objectif est désormais de structurer cette présence, de développer le site, le référencement et les réseaux sociaux.

Il parle d’une « urgence du réarmement communicationnel et informationnel ». Une formule qui traduit bien le défi : conserver la force d’un hebdomadaire tout en apprenant à exister dans le temps réel.

« Les Belges doivent faire leur deuil »

C’est peut-être le changement le plus symbolique.

Pan ne veut plus se penser uniquement comme un journal belge. À son arrivée, Boussois fait modifier la présentation du titre : de « journal belge depuis 1945 », Pan devient « journal francophone depuis 1945 ».

La raison est simple : le marché belge est étroit et les débats traités par le journal dépassent largement les frontières du pays.

« J’aimerais avoir trois-quatre points de vente à Paris », explique-t-il.

Il ne s’agit donc pas pour lui de quitter Bruxelles, mais d’élargir considérablement le terrain de jeu de Pan. La France devient une nouvelle perspective de développement, avec des sujets et des signatures capables de toucher un public plus large.

Français d’origine, aujourd’hui naturalisé belge, installé à Bruxelles depuis 2007 et passé notamment par l’ULB pour son post-doctorat, Boussois possède naturellement cette double lecture.

Bruxelles, Paris et un nouveau chapitre pour Pan

Son regard sur la Belgique a pourtant évolué. Après près de vingt ans à Bruxelles, il se montre aujourd’hui très critique sur l’avenir du pays et estime que certaines batailles culturelles et politiques se joueront davantage en France.

« Je pense que je préfère aller me battre en France », dit-il.

Dans le contexte de notre conversation, la formule ne signifie pas qu’il souhaite abandonner Bruxelles. Elle prend plutôt tout son sens lorsqu’il parle de Pan : il veut donner au titre les moyens de dépasser son marché historique et d’aller chercher de nouveaux lecteurs au-delà de la frontière.

Deux hommes posent ensemble dans un café verdoyant
Rencontre à Paris avec Henri Guaino, ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy à l’Élysée — photo transmise à la rédaction · © Bernard Frisque

Reste une question : avec quels moyens ?

C’est finalement la question qui accompagne toutes les ambitions de Boussois.

Il est arrivé à la tête de Pan depuis environ trois mois avec beaucoup d’idées, une stratégie numérique, l’envie de développer le Club de Pan, de renforcer les réseaux sociaux et de faire vivre le titre au-delà de son lectorat traditionnel.

Mais une stratégie éditoriale ne suffit pas. Il faut des moyens pour la distribution, le numérique, le référencement, la communication et le développement commercial.

Le conseil d’administration et la direction de Pan seront-ils prêts à lui donner les moyens nécessaires pour transformer cette ambition en réalité ?

C’est probablement l’une des clés de la suite de l’aventure.

Car Sébastien Boussois n’est pas arrivé chez Pan pour simplement accompagner un titre historique. Il veut lui redonner de l’énergie, élargir son audience et tenter une nouvelle aventure francophone.

Le pari est audacieux. Mais trois mois après son arrivée, il est encore trop tôt pour savoir jusqu’où cette nouvelle dynamique pourra conduire Pan.

Une chose est certaine : le nouveau rédacteur en chef a déjà reconnecté le titre à une ambition qui dépasse largement les frontières belges.

🔗 Sources & liens vérifiables

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