Quand la Grand-Place redevient Auguste
Les frères Daniel & Emmanuel Ulaj
Il fut un temps où la Grand-Place de Bruxelles était le cœur battant de la ville… En ce temps-là, Flagey était encore un no man’s land où personne ne s’aventurait, et le Châtelain était davantage connu pour ses « tables dance » et ses cafés où l’on venait jouer son salaire au bingo.
Depuis, Bruxelles a changé de centre de gravité. La ville s’est agrandie, ses habitudes ont évolué et la Grand-Place a eu bien du mal à conserver sa place… son rang, devrais-je dire.

La rue des Bouchers, elle, s’est tristement rétrécie. Pour des raisons de sécurité, nous a-t-on expliqué. Résultat : des terrasses qui disparaissent, une animation qui s’étiole et une rue qui a perdu une bonne partie de son âme. C’est vrai que, vue sous cet angle, une rue sans vie ne risque plus de donner envie de s’y perdre.

En ce temps-là, la Cave du Roy était encore royale. Les Armes de Bruxelles accueillaient les notables et les grandes palabres de la capitale. Derrière leur célèbre comptoir, Jacques, Madame Suzanne et leur fils Laurent Veulemans incarnaient à eux seuls cette zwanze bruxelloise, cet art de recevoir où l’humour et le franc-parler faisaient aussi partie de la carte.
C’était une époque où Bruxelles ne se contentait pas d’avoir une histoire : elle savait encore la raconter.
Heureusement, quelques irréductibles résistent encore. À deux pas de la Grand-Place, La Roue d’Or, avec ses boiseries d’un autre temps et ses fresques inspirées de Magritte, demeure l’un de ces derniers refuges où les Bruxellois peuvent encore retrouver un peu de leur histoire autour d’une bonne table.

Il faut aussi rendre hommage à la Taverne du Passage et au Marmiton, dans les Galeries Royales Saint-Hubert, qui perpétuent, chacun à leur manière, cette tradition des grandes maisons bruxelloises.
Un peu plus loin, du côté de Sainte-Catherine, La Belle Maraîchère continue elle aussi de défendre cet art de recevoir qui faisait autrefois la réputation de notre capitale.

Car au fond, ce ne sont pas seulement les restaurants qui ont changé. C’est toute une manière de vivre Bruxelles qui semble s’être éloignée de son centre historique.
Rendre à César ce qui appartient à Auguste !


Et puis, parfois, il suffit d’une adresse pour retrouver le sourire. Après avoir voulu faire du rock à l’américaine sur la Grand-Place avec le Hard Rock Café, il était peut-être temps de rendre à César ce qui appartient à Auguste !
C’est précisément ce qu’ont entrepris les frères Daniel et Emmanuel Ulaj, en redonnant vie à la Maison du Roi de Bavière, au numéro 12A de la Grand-Place. Une demeure dont l’histoire remonte bien au-delà de sa reconstruction baroque de 1699, puisqu’elle occupe l’emplacement de deux anciennes maisons détruites lors du bombardement de Bruxelles en 1695.

Trois siècles plus tard, les frères Ulaj ont eu la bonne idée de ne pas vouloir réinventer la Grand-Place, mais simplement de lui rendre un peu de son panache.

Et quel plaisir de retrouver enfin une adresse où l’on a envie de voir et d’être vu, mais surtout de revenir ! Une vraie brasserie, élégante sans être guindée, où l’on peut débarquer entre amis, réunir sa famille ou inviter des visiteurs étrangers sans avoir à s’excuser du décor. Avec, en prime, depuis les fenêtres, une vue imprenable sur l’une des plus belles places du monde. La Grand-Place comme décor, Bruxelles comme art de vivre. Voilà qui a autrement plus d’allure qu’une collection de guitares électriques !
Ici, les boiseries, les parquets et le cachet historique retrouvent toute leur place. Et pour couronner le tout, le designer belge Charles Kaisin a imaginé Tourbillon, une spectaculaire installation de près de 8 000 origamis suspendus qui traverse les étages. Une touche contemporaine qui dialogue avec le patrimoine sans chercher à lui voler la vedette.
Comme quoi, on peut être branché sans débrancher l’histoire !
D’Auguste à Escoffier, il n’y a qu’un couvert !

Mais le plus réjouissant se trouve peut-être dans l’assiette… et sur l’addition !
Avec leur cuisine franco-belge généreuse, les frères Ulaj remettent à l’honneur les grands classiques de la brasserie. Et puisque l’établissement s’appelle Auguste, difficile de ne pas avoir une pensée pour Auguste Escoffier, ce génie de la gastronomie française qui avait élevé l’art de recevoir au rang des beaux-arts. Un prénom qui, décidément, a du goût !
Ici, pas besoin d’une addition impériale pour manger royalement.

Et puisqu’on parle de bonnes affaires, depuis ce 1er octobre et jusqu’au 30 novembre, la maison propose une opération moules qui mérite à elle seule le déplacement : 1,3 kg de moules jumbo de Zélande à la marinière pour 18,90 €, accompagnées de frites fraîches cuites à la graisse de bœuf. Les moules au vin blanc sont affichées à 23,90 €.
À ce prix-là, en plein cœur de Bruxelles, voilà de quoi réconcilier les Bruxellois avec leur Grand-Place !

Mais ce qui m’a surtout séduit, au-delà du décor et de l’assiette, c’est de retrouver deux véritables passionnés aux commandes. Lors de mon passage, Daniel et Emmanuel étaient tous deux en salle, aux petits soins pour leurs clients, attentifs au moindre détail, partageant leur enthousiasme pour leur cuisine et leur maison. Pas de patrons invisibles derrière une enseigne prestigieuse : ici, les deux frères mouillent leur chemise, accueillent, conseillent et font vivre leur établissement avec une énergie communicative. Et franchement, ça fait plaisir à voir !
Car le véritable luxe n’est pas toujours une question de prix, mais de cadre, d’accueil et de plaisir partagé. Et sur ce terrain-là, les frères Ulaj ont manifestement compris la recette.

Une Grand-Place qui retrouve son panache, une brasserie qui a de l’allure et deux frères qui ont le sens de l’accueil : voilà une adresse qui porte décidément bien son nom.
Cette nouvelle dynamique fait un bien fou. Espérons qu’elle inspire d’autres établissements à conjuguer, eux aussi, respect du patrimoine et audace contemporaine. Car préserver notre histoire ne signifie pas la mettre sous cloche, mais lui redonner vie, du mouvement et des raisons d’y revenir.
Rome ne s’est pas faite en un jour, et la renaissance de notre Grand-Place ne se fera pas en une seule adresse. Mais avec des initiatives comme celle des frères Ulaj, on se prend à rêver de voir les Bruxellois se réapproprier pleinement ce joyau qui est le leur.

Après tout, nous avons la plus belle Grand-Place du monde. Il serait grand temps d’en profiter à nouveau !
Et puisque la maison ne désemplit pas, profitez de la saison des moules pour aller la découvrir avant le 30 novembre… mais pensez à réserver !
Brasserie Auguste — informations pratiques
Brasserie Auguste — Grand-Place 12A, 1000 Bruxelles.
- Téléphone : 02 669 50 80
- E-mail : contact@brasserie-auguste.be
- Site : brasserie-auguste.be
- Ouvert : 7 jours sur 7, de 11 h à 23 h 30. Cuisine jusqu’à 23 h.



